L'IA dentaire au Québec regroupe trois grandes familles d'outils : les scribes IA, qui préparent les notes cliniques pendant la visite ; les logiciels d'analyse de radiographies, qui signalent des lésions possibles ; et les outils de gestion, qui automatisent les rappels, la liste d'attente et les communications avec les patients. Chaque famille obéit à des règles différentes : Santé Canada, la Loi 25 et les ordres professionnels n'encadrent pas un scribe comme un logiciel d'imagerie. Ce guide fait le point en 2026, sources à l'appui.
1. Les scribes IA : la note clinique préparée pendant la visite
Un scribe IA écoute la consultation, transcrit la conversation et prépare un brouillon de note clinique. Le professionnel relit, corrige au besoin, puis valide et signe.
Au Québec, plusieurs outils visent les cliniques dentaires :
- Conversation Dentaire transforme les consultations en notes cliniques par reconnaissance vocale. Selon sa fiche Capterra, l'outil est conçu pour les cliniques du Québec, comprend le français québécois et la terminologie dentaire, et supprime les enregistrements audio après dix jours.
- SmileFlow prépare les notes cliniques à partir de la dictée au fauteuil ; le dentiste ou l'hygiéniste relit, valide et signe, et rien n'entre au dossier sans lui. SmileFlow ajoute aussi la liste d'attente par SMS et les rappels de rendez-vous, en parallèle du PMS de la clinique.
Ce que les règles demandent déjà aux médecins
Le Collège des médecins du Québec a publié des orientations sur les scribes IA, qui donnent une bonne idée des attentes à venir en santé :
- le consentement explicite du patient est obligatoire avant d'utiliser un scribe IA ; une affiche en salle d'attente ne suffit pas ;
- la qualité des notes relève toujours du professionnel, qui doit vérifier la note avant de la signer ;
- l'enregistrement et la transcription doivent être détruits une fois la note révisée et signée ;
- le médecin doit choisir un outil certifié par le Bureau de certification de Santé Québec.
Ces orientations visent les médecins. Pour les dentistes, vérifiez les orientations de l'Ordre des dentistes du Québec ; en attendant, demander un consentement clair et consigné au dossier reste une bonne pratique.
2. L'analyse de radiographies : plus de détections, plus de faux positifs
Des logiciels d'IA signalent des caries ou d'autres lésions sur les radiographies. Leur promesse : ne rien manquer. Leur limite : signaler aussi ce qui n'existe pas.
L'étude ADEPT, publiée dans le British Dental Journal en 2021, l'illustre bien. 23 dentistes ont analysé 24 radiographies bitewing, avec ou sans un logiciel d'IA :
- la détection des caries de l'émail est passée de 44,3 % à 75,8 % avec l'IA ;
- mais les surfaces saines signalées à tort comme cariées sont passées de 3,7 % à 14,6 %, soit environ quatre fois plus de faux positifs ;
- plusieurs auteurs travaillent pour l'entreprise qui édite le logiciel testé.
Côté réglementation, Santé Canada considère qu'un logiciel conçu pour acquérir, traiter ou analyser une image médicale est un instrument médical. Avant d'adopter un tel outil, vérifiez donc son statut auprès de Santé Canada, et gardez en tête que la décision clinique reste celle du dentiste.
3. Les nouveaux instruments au fauteuil
L'IA arrive aussi dans les instruments. À Montréal, Halo Dental Technologies développe un miroir dentaire numérique à commande vocale, qui capture des images et documente les constatations pendant l'examen. Selon un article d'Oral Health Group publié en juillet 2025, l'analyse d'images par IA y est présentée comme une capacité future, et le miroir n'était pas encore en vente.
4. Les outils de gestion : rappels, liste d'attente, communications
C'est la famille la plus simple à adopter. Santé Canada exclut des instruments médicaux les logiciels de soutien administratif et ceux axés sur le flux de travail clinique, comme l'inscription des patients ou la prise de rendez-vous.
Ces outils servent surtout à remplir l'agenda :
- confirmations et rappels de rendez-vous par SMS ;
- liste d'attente qui offre une plage libérée aux patients disponibles ;
- messages de suivi après la visite.
Comme ils traitent des renseignements personnels, ils restent soumis à la Loi 25.
5. Loi 25 : ce qui s'applique à tout outil d'IA
Deux articles de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé comptent particulièrement :
- Article 3.3 : avant tout projet d'acquisition, de développement ou de refonte d'un système d'information qui touche des renseignements personnels, l'entreprise doit réaliser une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (ÉFVP), proportionnée à la sensibilité des renseignements. Des données de santé et l'audio d'une consultation sont sensibles.
- Article 17 : avant de communiquer des renseignements personnels à l'extérieur du Québec, y compris à un sous-traitant, l'entreprise doit réaliser une ÉFVP et conclure une entente écrite.
Autrement dit, même un outil hébergé au Québec demande une ÉFVP. L'hébergement au Québec évite seulement l'évaluation supplémentaire liée à la communication hors Québec, à condition que tous les sous-traitants y traitent aussi les données.
6. Six questions à poser à un fournisseur d'IA dentaire
- Où les données sont-elles traitées et conservées, et par quels sous-traitants ?
- Combien de temps l'audio ou les images sont-ils conservés, et comment sont-ils détruits ?
- Comment le consentement du patient est-il demandé et consigné ?
- Le professionnel valide-t-il tout avant que quoi que ce soit entre au dossier ?
- Si l'outil analyse des images : quel est son statut auprès de Santé Canada ?
- Le fournisseur peut-il vous aider à réaliser votre ÉFVP ?
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'IA dentaire ?
L'IA dentaire désigne les logiciels qui utilisent l'intelligence artificielle en clinique dentaire : scribes qui préparent les notes cliniques, logiciels qui analysent les radiographies, et outils de gestion qui automatisent les rappels et la liste d'attente.
Quelles solutions d'IA dentaire existent au Québec ?
Parmi les outils conçus pour le Québec, on trouve des scribes IA en français québécois comme Conversation Dentaire et SmileFlow, qui préparent les notes cliniques que le dentiste valide. SmileFlow ajoute la liste d'attente par SMS et les rappels de rendez-vous. À Montréal, Halo Dental Technologies développe un miroir dentaire numérique.
Un logiciel d'IA peut-il analyser des radiographies dentaires au Canada ?
Oui, mais Santé Canada considère qu'un logiciel conçu pour traiter ou analyser une image médicale est un instrument médical, soumis à sa réglementation. La décision clinique reste celle du dentiste.
Faut-il le consentement du patient pour utiliser un scribe IA ?
Le Collège des médecins du Québec exige un consentement explicite des patients avant l'utilisation d'un scribe IA par un médecin. Pour les dentistes, vérifiez les orientations de l'Ordre des dentistes du Québec ; obtenir et consigner un consentement clair reste une bonne pratique.
La Loi 25 s'applique-t-elle aux outils d'IA en clinique dentaire ?
Oui. L'article 3.3 exige une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée avant d'adopter un nouveau système qui traite des renseignements personnels, et l'article 17 encadre leur communication à l'extérieur du Québec.
Sources : Conversation Dentaire, fiche Capterra ; Collège des médecins du Québec, scribe IA ; étude ADEPT, British Dental Journal, 2021 ; Santé Canada, logiciels à titre d'instruments médicaux ; Oral Health Group, miroirs dentaires numériques, juillet 2025 ; Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, LégisQuébec. Rédigé par l'Équipe SmileFlow. Ce guide est informatif et ne remplace pas un avis juridique ni le jugement clinique.